Nos jardins : la plus grande réserve naturelle de France !
Le 4 juin 2010, le Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, a publié son « bilan 2010 sur l’Environnement en France ».
Ce bilan, achevé au 31 décembre 2009, confirme ce que l’on savait déjà : les populations d’oiseaux ont dramatiquement chuté. En effet, en vingt ans, on dénombre une diminution de 20% des oiseaux en milieu agricole, et de 11% en milieu forestier.
L’urbanisation et la destruction des espaces naturels sont parmi les causes principales de l ‘érosion de la biodiversité en général, et l’artificialisation de l’espace a crû de 3% entre 2000 et 2006 au détriment des terres agricoles et des milieux semi-naturels.
La génération qui était enfant avant la dernière guerre décrit un ciel beaucoup plus riche en espèces volantes : oiseaux, mais aussi papillons, par exemple. En France, effectivement, nous avons également assisté en 14 ans à la diminution de moitié des espèces de papillons vivant dans les prairies.
Comment ne pas se sentir concernés ?
En France, les jardins couvrent plus d’un million d’hectares, soit 4 fois plus que la superficie de toutes les réserves naturelles réunies (parcs nationaux et parcs régionaux). Le rôle des jardins dans la conservation des espèces, oiseaux et papillons en particulier, devient de plus en plus important pour lutter contre la raréfaction de leurs milieux de vie. Si demain nos jardins accueillent davantage d’oiseaux et de papillons, par exemple, l’impact peut être très important pour toute la nature qui nous entoure.
Comment donc inviter la nature au jardin ?
Quelques gestes simples suffisent et de nombreux enjeux environnementaux sont entre nos mains, nous qui avons la chance d’avoir un jardin, si petit soit-il :
économies d’eau par récupération d’eau de pluie
réduction du volume des déchets ménagers par compostage
réduction de l’utilisation des produits chimiques par utilisation de méthodes alternatives (compost, purin d’ortie, association de plantes, auxiliaires réduisant les maladies).
Pour les oiseaux, on peut favoriser la plantation d’espèces végétales qui poussent naturellement dans la région, plus résistantes aux conditions climatiques, et adaptées à la faune locale : arbres du coin, haies champêtres (disparues depuis le remembrement, elles abritaient pas mal d’espèces).
On peut poser des nichoirs adaptés, assurer le nourrissage l’hiver des espèces d’oiseaux qui restent au jardin.
Ainsi on peut lutter contre la disparition des habitats naturels.
Savez-vous que les papillons sont particulièrement sensibles aux produits phytosanitaires ?
Certaines espèces parmi les plus colorées que l’on peut attirer dans son jardin ont comme plante-hôte l’ortie, qui n’est cependant, en général, pas la bienvenue. Si l’on veut avoir des « belles dames », « paons du jour », « petites tortues », « robert le diable », « vulcains », il faut les aider à se reproduire en laissant des zones spécifiques où les orties peuvent pousser.
De manière générale, une prairie naturelle permet à toutes les espèces de se maintenir en un certain équilibre, qui se développe, et évite les proliférations excessives de certaines espèces par rapport à d’autres.
Un arbre porte particulièrement bien son nom : « l’arbre à papillons » (buddleïa). C’est une espèce exotique originaire de Chine, facilement invasive et dont le développement doit être contrôlé. Cependant, il nourrit de nombreuses espèces de papillons. C’est un enchantement l’été de voir cet arbre concentrer sur lui les espèces en vol qui butinent ses fleurs.
Le Muséum National d’Histoire Naturelle (M.N.H.N) propose aux volontaires de participer à son « observatoire des papillons ». (rendez-vous sur le site du Muséum pour en savoir plus). De même, il propose aux amateurs d’étudier leurs photos d’insectes pollinisateurs. Il s’agit de multiplier les sites d’observation des espèces pollinisatrices, quelques milliers d’espèces en France, pour étudier leurs habitudes et les menaces qui pèsent sur elles. Vu ce qui arrive aux abeilles, et aux humains par ricochet, il est vraiment indispensable de se pencher sur la question de la pollinisation, n’est-ce-pas ? (rendez-vous sur le site www.spipoll.fr pour plus ample information).
Un dernier geste utile pour le maintien de la faune sauvage : garder un mur de pierres sèches et avoir une petite mare remplie d’eau de pluie de récupération. C’est un bon geste pour les amphibiens, cette fois-ci, qui auront là de quoi vivre et se reproduire. Ils sont, eux aussi, particulièrement menacés à cause de la disparition des zones humides. Nous avons la chance d’avoir à Mespuits de la reproduction de « crapaud-accoucheur », une espèce menacée et protégée. Je vous suggère de vous promener le soir sur le terrain de football au printemps et l’été, afin d’entendre le concert particulièrement mélodieux de leurs petits chants flûtés qui enchante la nuit.
Pour en revenir à l’Observatoire des papillons ou au Suivi des insectes pollinisateurs du M.N.H.N., ils font partie d’une série d’inventaires naturalistes reposant sur la participation de volontaires ; ceux-ci suivent des protocoles simples et rigoureux adaptés à un grand nombre d’observateurs, et la coordination nationale est effectuée par les scientifiques su Muséum. La « plateforme nationale des sciences participatives », portée par le Muséum s’appelle VIGIE NATURE. Actuellement, VIGIE NATURE comprend :
le suivi temporel des oiseaux communs
le suivi des chauve-souris
l’observatoire des escargots
l’observatoire des bourdons
le suivi temporel des rhopalocères de France (papillons de jour)
le suivi des orthoptères nocturnes (sauterelles, grillons, criquets)
le suivi photographique des insectes pollinisateurs
le suivi hivernal des oiseaux des champs,
le suivi des amphibiens.
Vous pouvez participer, à titre individuel, à certains de ces suivis.
En outre, le M.N.H.N. est partenaire scientifique du ministère. Cette année 2010, année de la biodiversité, celui-ci a prévu de mettre en place l’Atlas de la biodiversité dans les communes (A.B.C.). Mille communes volontaires retenues effectueront d’ici trois ans l’état des lieux de leur biodiversité, permettant in fine d’acquérir des connaissances au niveau national.
Intéressant ? Certainement. Souhaitons que cela aboutisse. Cependant, n’oublions pas dès à présent de rendre nos jardins plus accueillants pour les espèces sauvages. En effet, si l’on prend trop de temps à recenser avant d’agir, que restera-t-il au bout du compte à recenser ? On peut se le demander…
Ghislaine Souriac (texte et photos prises à Mespuits)